Rechercher Titre/Auteur :



ACCUEIL




NOUVEAUTÉS




À PARAÎTRE




TITRES GRAND FORMAT




SW POCHE




AUTEURS




ACTUALITÉS




REVUES DE PRESSE  




RENCONTRES




RIGHTS/ÉTRANGER,
POCHE, CLUB




LETTRE
D'INFORMATION




CONTACT



Revue de presse Douces déroutes
Yanick Lahens

 

Presse écrite

« Jetés sur l'asphalte brûlant, les personnages de Douces déroutes sont saisis dans leur course haletante. À leurs trousses, Port-au-Prince, la capitale haïtienne, comme un incendie. "Ici, vivre, c'est dompter les chutes. La ville est un chaudron et il faut viser l'écume pour ne pas aller racler le fond", médite Cyprien Novilus. Un convoi ministériel a failli faire basculer sa voiture dans le fossé. Stagiaire dans un cabinet d'avocats renommé, il est promis à un bel avenir s'il apprend à se taire et à fermer les yeux sur ce que trafiquent les puissants de l'île. Ceux qui refusent de le faire sont broyés.
Ainsi du juge Berthier, le père de Brune, sa petite amie, assassiné alors qu'il s'obstinait dans une affaire qui dérange le pouvoir. Le livre s'ouvre sur une lettre adressée à son épouse : "Nommer certaines choses est devenu un délit et non le fait que ces choses existent", écrit-il. Comment supporter cela ? Faut-il fuir ce Port-au-Prince déserté par la justice et gangrené par l'argent ? Faut-il s'en accommoder ou se battre – jusqu'à la mort ? Étudiants ou artistes, petits-bourgeois ou marginaux, les personnages du cinquième roman de Yanick Lahens composent avec le mélange d'amour et de désespoir qu'ils éprouvent pour leur pays. L'écrivaine haïtienne – prix Femina pour Bain de lune (Sabine Wespieser éditeur, 2014) – capte la musique entêtante et saccadée de cette lutte intime, et la fait résonner magnifiquement à nos oreilles.

On entend d'abord la radio qui donne le pouls du pays, en diffusant la douceâtre ritournelle d'un sénateur chanteur, une antenne libre où éclatent la colère du peuple et une publicité tapageuse pour une belle voiture. Nous frappe ensuite la voix de Pierre, le beau-frère du juge Berthier, qui s'entête a démasquer les commanditaires de son assassinat. Rejeté par ses parents à cause de son homosexualité, cet homme paisible, à la santé fragile, vit isolé sur les hauteurs de Port-au-Prince, lom du bitume. "Ma ville est un corps aimé qui s'éloigne, nous sommes des amants séparés", dit-il. La semaine, il se frotte les mains en songeant au dîner qu'il servira le samedi soir aux amis de sa nièce Brune : Ézéchiel, le poète sans le sou qui prône l'action violente contre le gouvernement ; Waner, le fermier qui, "loin des politiques, trace un chemin à lui" ; Nerline, la militante féministe ; Ronny, l'universitaire américain, et Francis, un journaliste français en reportage en Haïti.
Chaque chapitre est centré autour d'un personnage. D'un coup, la narration passe de la troisième personne omnisciente à l'intimité de la première, créant un sentiment de fusion entre le pays et ceux qui l'habitent. Tous mis en échec, en "déroute", on le sait dès le titre. Ce qui occupe Yanick Lahens, c'est l'attitude avec laquelle ils étreignent la vie – la seule chose qui, au bout du compte, donne du sens à notre humaine condition.
Elle est vorace chez Cyprien, persuadé que l'argent peut effacer son enfance misérable et la couleur de sa peau, obstacles à ses grandes espérances. Elle est gracieuse chez Brune. La nuit, la jeune femme chante sur la scène du Korosòl Resto-Bar, et sa voix écorchée repousse l'horreur de la mort de son père, surprenant Francis, tout comme la "douceur suraiguë" qui émane de la foule rieuse, abreuvée de mots. L'état poétique est le "seul état de la vie qui permet de marcher pieds nus sur des kilomètres de braises et de tessons", déclame une femme sur la scène, citant le poète haïtien René Depestre.
Si la nuit est tendre dans le bar, c'est qu'elle est terrible au-dehors. Sur la route du retour, Francis tombe amoureux de Brune et une partie de leurs amis évitent de justesse des tirs à un barrage. Plus tard, Ézéchiel croise le chemin de Jojo et de son Beretta, son voisin braqueur devenu tueur à gages. À Port-au-Prince, nous dit Yanick Lahens, le désir est inséparable de la peur, la vie de la mort. Elle embrasse ces extrêmes dans son roman qui prend des allures de polar urbain quand se dessinent peu à peu les contours du trafic sur lequel le juge Berthier enquêtait.
L'écrivaine part souvent de la matière pour écrire sur son pays. Si l'ample Bain de lune, situé dans la campagne haïtienne, creusait la terre, Douces déroutes, dans la même lignée que La Couleur de l'aube (2008), met les personnages à l'épreuve de "cet asphalte fertile" et mortifère. La ville exacerbe les sens et les sentiments contraires que Yanick Lahens démêle de sa plume ardente. »

« Port-au-Prince brûle-t-il ? », Gladys Marivat, Le Monde des Livres, vendredi 12 janvier 2018

Lire tout l'article au format PDF


« Quand un écrivain talentueux se saisit d’un genre, c’est pour mieux le détourner en le pliant à ses désirs. La romancière haïtienne Yanick Lahens ouvre son récit sur la mort d’un juge intègre : une lettre déchirante parvient à l’épouse de celui qui se savait menacé par des tueurs à gages. Mais trouver les assassins et résoudre l’affaire n’est pas l’objectif premier de ce polar singulier, dont l’intrigue est avant tout prétexte à montrer comment survit désormais Haïti, une île presque intégralement aux mains de criminels, un système politico-économique tout entier gangrené par la corruption et le sauve-qui-peut. Yanick Lahens compare son pays à une voiture abandonnée au bord de la route, sur laquelle "chacun s’est servi au gré de ses besoins". Dans son récit choral, elle donne voix aux habitants du chaudron qu’est Port-au-Prince, aux gueux comme aux riches mafieux de la drogue, à la fille du juge comme à l’homme de main, au jeune poète famélique, mais aussi au vieil esthète original, à l’apprenti avocat ambitieux, au journaliste étranger ébahi. Végéter ou s’enrichir ? Garder son âme ou gagner un 4×4 ? Soutenir ou trahir ? Rester ou partir ? De son écriture ardente, aiguisée par la connaissance charnelle de sa ville, Lahens parvient à composer une rhapsodie sauvage et brutale, où les seuls instants pacifiés sont ceux qu’on partage entre amis autour d’un repas tendrement préparé et ritualisé, où l’intensité est le mode majeur, jusqu’à riper vers cette "douceur suraiguë" unique à Port-au-Prince, "démesure de douleur, démesure de poésie". »

Marie Chaudey, La Vie, mercredi 10 janvier 2018

Lire tout l'article au format PDF


« Être et rester un juge intègre dans une société corrompue : le pari – perdant – de Raymond Berthier, dont une lettre d’adieu à son épouse, quand il se sait condamné à mourir, ouvre le nouveau roman de Yanick Lahens, Douces déroutes.
La noble ambition du juge était à l’opposé de celle qui anime Cyprien, jeune avocat stagiaire d’origine modeste mais plein d’avenir : s’il se conforme aux règles non écrites qui régissent le pouvoir et la fortune, il pourra transformer en réalité le rêve qu’une publicité a gravé comme une rengaine dans son cerveau : "Tu es Audi ! Tu es Haïti !" Aucune compromission ne devrait être inacceptable dès lors qu’il a mis le pied sur le premier échelon vers le sommet de la hiérarchie sociale à Port-au-Prince.
Francis, journaliste indépendant, vient d’arriver à Haïti, ignorant des derniers événements criminels qui ont secoué la justice de ce pays mais à peu près certain de dénicher sur place un bon sujet de reportage à placer dans un magazine. Il va trouver mieux encore en rencontrant Brune, la fille unique du juge assassiné, la fiancée de Cyprien – mais elle s’en éloigne –, la chanteuse à la voix si troublante qu’un autre corps semble parfois habiter le sien : "Avec la voix monte une liberté intacte, celle pour laquelle on brûlerait tout l’or des jours."
Dans un univers très différent de celui que décrivait Bain de lune, le roman qui lui a valu le prix Femina en 2014, Yanick Lahens reste cependant elle-même : les maux de son pays la taraudent toujours et agitent la ville comme ils agitaient la campagne. Ses personnages sont conduits hors d’eux-mêmes par des forces qui les dépassent. Certains tentent de lutter, d’autres s’y plient et utilisent les ascenseurs mis à leur disposition sans s’émouvoir de la puanteur morale qui y règne.
Le plus impressionnant, dans l’organisation des éléments du récit, est l’interpénétration des parcours individuels. Francis, passeur entre le lecteur et les réseaux qu’il découvre, est placé devant des faits qu’il aurait peut-être préféré ne pas connaître. La tension est extrême, elle tire par instants le roman côté thriller. Et l’on suit les traces de la corruption, de l’injustice, avec une consternation qui va croissant. Mais aussi avec une fascination augmentée par la beauté d’une langue qui ne renonce pas un instant à la poésie. »

« Yanick Lahens démonte Haïti, société malade », Pierre Maury, Le Soir, samedi 6 et dimanche 7 janvier 2018

Lire tout l'article au format PDF


« […] Exhalant la moiteur et les effluves sucrés, l'écriture de Yanick Lahens est armée d'oxymores. On y sent la rage du tueur à gages, le désespoir du poète et le désir des ambitieux. Un roman choral d'une trempe rare. »

« Rentrée littéraire : nos 10 coups de cœur », Nathalie Six, Avantages, janvier 2018

Lire tout l'article au format PDF


« Un homme sait qu'il va mourir. Alors il décide d'écrire une dernière lettre à sa femme. "Laisse couler tes larmes, mais ne plie jamais le genou. Jamais." Le juge Berthier a essayé "d'éloigner les incendies du monde", voilà pourquoi on l'a assassiné. Il laisse derrière lui une veuve éplorée et leur enfant adorée, Brune. Contrairement à ses parents, cette jeune chanteuse "ne mesure pas la température du monde, mais elle veut elle aussi un destin." Comment imaginer qu'il ne soit pas orienté par son lieu d'origine ? Haïti n'est pas un pays anodin, il inspire Yanick Lahens car elle ne semble jamais avoir fait le tour de ses contradictions. Certains le qualifient de "maudit, misérable, sauvage ou fini", elle préfère se laisser porter par son concentré de vie. À l'image de Brune, "une fille des commotions, de la colère et du sang, des vertiges, de l'âpre beauté de cette ville". Port-au-Prince, dans laquelle l'ambiance est rythmée par la cadence de la violence ou les pulsions de l'existence. "Ici, vivre, c'est dompter les chutes." Même les jeunes sont obligés de se réinventer sans cesse. Certains retournent leur veste, d'autres demeurent fidèles à eux-mêmes, tel Ézéchiel le poète, ou Francis le journaliste français. Encore marqué par les attentats contre Charlie Hebdo, il se heurte à d'autres animosités ici. Comme s'il n'existait pas le moindre abri, si ce n'est dans l'amitié, l'amour ou l'envie de vivre. Yanick Lahens manie "des mots lacérés au couteau. Des mots malheurs. Des mots douceur précipitée. Des mots rêves et lumière." »

« Dompter les chutes », Kerenn Elkaïm, Livres Hebdo, vendredi 17 novembre 2017

Lire tout l'article au format PDF


Coup de cœur des libraires

« Coup de cœur !!!
Dans une langue superbe, Yanick Lahens nous emmène, dans ce roman choral, dans une Haïti contemporaine et sombre. Malgré tout, reste la poésie, la lumière et la vie. Un très beau roman… »

Coup de cœur d'Hélène Perentidis, Fnac Paris - Italie 2



 

© swediteur.com 2007