- Parution : Octobre 2026
- N° d’éditeur : 252
- Disponible en librairie au prix de 18 €. 120 p. Également disponible en PDF et EPUB.
- ISBN : 978-2-84805-640-1
- Revue de presse
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Critique musical, le narrateur de ce court roman vient de passer une semaine exceptionnelle sur une île des Hébrides extérieures : l’organisatrice du tout nouveau festival de Castlebay a souhaité qu’il puisse rendre compte, dans son émission de la BBC, de cet événement qu’elle a mis toute son énergie à organiser, comme un dernier hommage à l’homme qu’elle a passionnément aimé et qui s’est noyé douze ans auparavant dans ces eaux écossaises.
Mais James Fletcher a du mal à se concentrer pendant cette soirée de clôture : tandis que, sur scène, les musiciens interprètent un trio pour piano, violon et violoncelle de Schubert, il ne parvient pas à quitter du regard sa voisine, la grande pianiste Viviane Craig. Elle, dont il est tombé fou amoureux un soir de concert, des années auparavant, est la véritable raison de sa venue sur l’île. Si leur relation doit rester secrète – Viviane est mariée –, ils ont enfin trouvé l’occasion, pendant ces quelques jours, de vivre leur passion plus librement que lors de moments volés à Londres. Le trouble de James est amplifié par la présence dans sa poche d’une lettre de son cardiologue, qu’il tarde à ouvrir, et dont il sent qu’elle ne lui annonce rien de bon.
Allegro moderato, andante un poco mosso : il n’est pas temps encore, et James laisse les notes de Schubert l’envahir comme par vagues. L’émotion qu’elles lui procurent est palpable, ses mots pour les dire d’une telle puissance qu’ils prolongent chacun des mouvements pendant lesquels se déploie ce monologue intérieur d’une grande intensité.
La musique et la vie s’y entrelacent magnifiquement : la sensualité que les trois interprètes insufflent au trio de Schubert vient amplifier la sensation de vertige qu’éprouve James. Les petits secrets des musiciens, qu’il a observés pendant ces journées de quasi huis clos sur l’île, s’invitent alors dans la danse et quand, après l’entracte, tout s’accélère, Jean Mattern nous invite à un final flamboyant.
L’écrivain, subtil interprète du trouble amoureux et de la complexité des sentiments, déploie dans le microcosme de ce festival écossais une délicate comédie humaine, où ses lecteurs auront plaisir à retrouver sa manière, mais également certains des personnages croisés dans ses romans précédents, notamment le très beau Bleu du lac.
Et il rend, avec ce roman parfaitement maîtrisé, un vibrant hommage au pouvoir de la musique… avant toute chose.
Jean Mattern est né en 1965 dans une famille originaire d’Europe centrale. Il vit à Paris et travaille dans l’édition. Chez Sabine Wespieser éditeur, il a publié près d’une dizaine de romans : Les Bains de Kiraly(2008), De lait et de miel (2010), Simon Weber (2012), Le Bleu du lac (2018), Une vue exceptionnelle (2019), Suite en do mineur (2021) et Les Eaux du Danube (2024). Aux éditions Gallimard, il a publié un roman, Septembre (2015), ainsi qu’un essai, De la perte et d’autres bonheurs (2016), dans la collection « Connaissance de l’Inconscient ».
INCIPIT
Ce n’était pas une bonne idée, de s’asseoir côte à côte, je vais avoir du mal à rester concentré,
même si ça démarre bien, le tempo est rapide. Nous y sommes, la dernière soirée du festival. La
fin d’une parenthèse enchantée aussi, pour Viviane et moi. Mais je crois que personne ne s’est
rendu compte que nous… enfin… en public, nous avons réussi à garder nos distances pendant
toute la semaine, jusqu’à maintenant. Mais là, sa nervosité est contagieuse, je connais cette
expression sur son visage, elle écoute et regarde à peine ce qui se passe sur scène, pourtant les
trois se débrouillent bien dans cet allegro, les premières mesures sont toujours un peu périlleuses
d’un point de vue rythmique, il faut dire que dans une heure ce sera son tour d’assurer la partie de
piano, dans le deuxième trio. Je ferais mieux de prendre des notes, j’ai une émission à préparer
après tout, mais c’est à chaque fois la même chose, dès les premiers accords, je suis saisi par cette
alchimie entre le piano, le violon et le violoncelle. Qui a eu l’idée en premier de faire jouer ces
trois instruments ensemble, à Vienne ou ailleurs ? Encore un détail à vérifier avant de prendre
l’antenne, un peu d’histoire de la musique ne fait jamais de mal dans mon programme, de toute
façon je ne pourrai pas me contenter d’un compte-rendu détaillé des quatre concerts du festival.
Je m’attendais à tout en venant ici, à de la pluie et du vent, de l’amateurisme, de l’ennui, et rien de
tout ça.
