- Parution : Novembre 2026
- Traduit de l'anglais (Irlande) par Georges-Michel Sarotte
- Titre original : The Barracks
- N° d’éditeur : 253
- Disponible en librairie au prix de 22 €. 264 p. Également disponible en format PDF et EPUB.
- ISBN : 978-2-84805-641-8
- Revue de presse
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Elisabeth Reegan, originaire du village de l’ouest de l’Irlande où se situe l’action de ce roman, a quitté Londres et sa vie d’infirmière pour revenir au pays natal et épouser un veuf, père de trois enfants. Tous vivent dans la caserne où travaille le sergent Reegan. Entre travaux domestiques et éducation des enfants, qui jamais ne l’accepteront complètement, Élisabeth mène une vie étroite et monotone, s’échappant souvent en pensée vers sa vie citadine et la liaison qu’elle avait entretenue avec un homme fantasque qui la fascinait. Reegan, lui, est irascible et insatisfait : en conflit permanent avec son supérieur, il ne rêve que du moment où il aura assez économisé pour quitter la police et acquérir une petite ferme.
Mais la vie en décidera autrement : Élisabeth, qui depuis longtemps sentait une masse dans son sein, finit par aller consulter le médecin et le diagnostic tombe, elle est atteinte d’un cancer. En cette fin des années 1940, la médecine traite la maladie comme elle le peut. Entre hospitalisations et retours à la caserne, cette femme que le sort accable – et qui, de par son ancien métier, sait parfaitement à quoi s’en tenir – va affronter avec calme et résignation ses derniers mois.
Tous les thèmes chers au grand McGahern sont présents dans ce premier roman qu’il publia dès 1963 : la vie rurale étouffante, la condition des femmes reléguées à des rôles de gouvernantes, le sentiment aigu de la finitude des choses, le réalisme social.
La puissance d’émotion qui émane de La Caserne est sans doute ancrée dans l’expérience même du romancier, qui lui-même grandit dans une caserne et dont la mère mourut jeune d’un cancer du sein. Grâce à l’attention qu’il accorde aux gestes et aux silences, à sa remarquable économie de moyens et à la précision de ses rares dialogues, McGahern parvient à éclairer ce sujet si sombre d’une clarté élégiaque, donnant à découvrir dès l’initiale de son œuvre son immense puissance narrative.
John McGahern (1934-2006), né et mort à Dublin, a grandi sur la côte ouest de l’Irlande. Son œuvre – six romans, quatre recueils de nouvelles, du théâtre et des mémoires – lui valut prix et éloges. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands maîtres de la prose irlandaise par toute une génération d’écrivains, parmi lesquels Claire Keegan et Jan Carson.
INCIPIT
Un soir de février, la tête courbée sur son ouvrage, Mrs Reegan reprisait une vieille chaussette de laine. Elle enfilait son aiguille à la lueur du feu, le jour étant tombé sans qu’elle s’en aperçoive. Un garçonnet d’une douzaine d’années et deux fillettes brunes se tenaient près d’elle devant le feu. Ils avaient l’air inquiet à la manière des enfants obligés de rester à la maison au crépuscule. Au mur, l’or et le vermillon brillants des tableaux religieux avaient pâli, le verre renvoyant les brusques éclairs du feu et, en s’épaississant, le crépuscule prenait les teintes rougeâtres de la lampe du Sacré-Cœur qui brûlait sur la cheminée devant la petite crèche en osier. Seules les tasses et les soucoupes, placées sur la table pour le thé de leur père, formaient des taches blanches et lumineuses. Le vent et la pluie qui secouaient les carreaux des fenêtres semblaient participer à l’enchantement créé par le silence et les ténèbres qui s’épaississaient et par les éclairs de la longue aiguille dans la main de la femme ; et c’est avec un effort visible que le garçonnet réussit enfin à vaincre leur peur de la nuit tombante.
