BLOG APPUYEZ SUR LA TOUCHE « LECTURE », jeudi 28 février 2019


« […] Regarder n’est pas une biographie romanesque, mais le portrait de cette femme exceptionnelle, libre et déterminée, engagée et luttant contre le fascisme jusqu’à y laisser sa vie. […]

En fait, on pourrait dire que ce livre, ce sont des instantanés. Des épisodes qui, mis bout à bout, racontent le destin fulgurant d’une jeune femme que rien ne semblait destiner à cela. […]

Refermons la parenthèse, revenons à “Regarder”, ce roman au titre si fort. Car il s’agit bien de cela : regarder pour fixer sur la pellicule les moments les plus marquants, les plus forts, regarder pour transmettre, pour informer, regarder pour combattre, promouvoir la liberté. Regarder les événements au plus près pour les donner à voir à ceux qui sont loin. […]

Je voudrais avant de conclure évoquer un ou deux aspects de Regarder qui ne concernent pas seulement le personnage de Gerda. D’abord, la plongée dans l’époque, et en particulier ces années 1930, qui ne cessent d’osciller entre espoirs et désillusions, entre aspirations à la paix et montée des violences.

On remarquera d’ailleurs que l’optimisme domine largement : tout cela ne peut pas durer, force reviendra nécessairement à la raison et les fascismes tomberont. […]

L’autre aspect, c’est la photographie, qui entre dans une nouvelle ère à cette période : les appareils sont de moins en moins encombrants et le temps d’exposition a sérieusement diminué. Ces progrès permettent aux photoreporters de travailler et d’être au plus près, on y revient encore et toujours, des événements. […]

Et puis, le dernier mot concerne un élément qui m’a amusé dans Regarder : le recours récurrent aux onomatopées, le fameux “clic ziiip” que faisait justement ces appareils, lorsqu’on appuyait sur le déclencheur et que la pellicule avançait. […] Serge Mestre, qui utilise ce petit truc avec parcimonie, je vous rassure, ne donne donc pas seulement à voir (on croise certaines descriptions de photos qui ont marqué les mémoire, d’autres qui étaient dans la valise mexicaine), mais aussi à entendre, parce que ce simple bruit est incroyablement évocateur, une espèce de madeleine de Proust auditive.

Et parce que ce bruit apparemment anodin est celui qui vient s’opposer aux armes lourdes qui se déchaînent… »