- Livre : La Rue
- Auteur : Robert SEETHALER
- Revue de presse
Coup de cœur de la librairie La Buissonnière (Yvetot)
Après Le tabac Tresniek (2014) et Le café sans nom (2023) à l’ambiance délicate et touchante, le romancier si attentif et si inventif nous fait entrer dans La Rue, en faisant glisser ce que l’on s’apprête à lire vers ce que l’on peut entendre. Comme un facétieux magicien, il donne à nos yeux de lectrices et de lecteurs la paire d’oreilles qui leur manquait.
Imaginez que vous allez traverser dans toute sa longueur une rue inconnue, les yeux fermés, sans rien voir donc mais en entendant au fil de votre passage des bribes de conversations, des voix qui se parlent à elles-mêmes ou qui parlent à d’autres, autant de fragments de vie que vous assemblez au rythme de votre arpentage romanesque.
Arrivé au bout de la rue, ouvrez les yeux. Il est inutile de vous retourner. Une année a passé au fil des saisons et cette rue vous la connaissez mieux que quiconque. Désormais, vous savez tout de ses habitants : la fleuriste éperdument amoureuse du libraire d’ancien en faillite ; « Lueur du soir », la maison des vieux dont certains se carapatent la nuit et montrent leur cul aux passants pendant que le gardien de nuit picole à « La lune d’or », le bar de la Rue ; sans oublier le curé perdu dans ses sermons ni ces irréductibles qui refusent de céder aux vautours de l’immobilier. Et vous les aimez tant La rue vous a saisi par sa délicatesse, par sa construction tellement stimulante, par son humour pince sans rire, par la justesse de son ton léger comme la plume du pigeon qui vous a chatouillé le nez après qu’un môme, d’entrée de rue, l’a visé avec son lance-pierre. Manuel