L’EXPRESS, Marianne Payot, mercredi 30 janvier 2019


« […] De cette longue nuit d’hôpital, accompagnée de Cécile, sa mère, Léonor de Récondo tire aujourd’hui un envoûtant roman. À la hauteur de l’amour porté à ce père sculpteur et peintre, qui, luthier d’un jour, lui façonna un violon de légende. Felix est inconscient, mais par la grâce de l’écriture, son esprit s’échappe vers sa jeunesse, entre Espagne, Pays basque et Landes. Peut-être même a-t-il rencontré “Ernesto” (Hemingway) à Pampelune durant la San Fermin… Léonor aime à l’imaginer.

Dès lors, les voix s’entremêlent : on passe de la chambre 508 de la Salpêtrière à la guerre civile espagnole, d’une confidence d’Ernesto aux souvenirs de Félix, jeune exilé basque à Hendaye puis dans la campagne dacquoise, d’une parole apaisante de Sandrine l’infirmière à l’arbre de Guernica, d’un reportage de Martha Gellhorn, femme de Hemingway, sur les bombardements de Madrid, à une élégie adressée à Cécile…

Les allers et retours dans le temps se précipitent, Sandra augmente les doses de morphine, la nuit s’étire. Soudain, l’indicible. Félix, apprend-on, a perdu en trois ans trois enfants (les demi-frères et sœur de Léonor) : Dominique, victime d’une overdose, Raphaël, emporté par le sida, et Frédéric, suicidé. Ernesto, lui aussi, est hanté par la mort : il songe aux jambes arrachées sur le front italien lors de la Première Guerre mondiale, à Manolete, entrant dans l’arène pour défier le toro, et à son dernier coup de fusil…

Pourtant, rien n’est lugubre dans ce récit poétique, tant y règnent l’amour et la beauté. Quand la splendeur d’un massif pyrénéen, la pureté d’un chant basque, la virtuosité d’une partita de Bach parent les fantômes du plus beau des linceuls. »