- Livre : Plomb
- Auteur : Timothée ZOURABICHVILI
- Article complet
- Revue de presse
Plomb de Timothée Zourabichvili, Al Majalla, Antoine Jockey, 1er août 2026
« Dans son premier roman, « Plomb », publié aux éditions Sabine Wespieser, l’auteur français Timothée Zourabichvili propose un texte d’une cruauté et d’une audace extrêmes, qui plonge dès les premières pages son lecteur dans un univers étouffant où se mêlent désir et cruauté, pouvoir et humiliation, corps et peur, au point que l’étouffement devient presque la matière première du roman.
Dès le début, Zourabichvili plonge son lecteur au cœur d’une conscience tourmentée, corrompue, violente, et l’oblige à y demeurer. Ce choix esthétique est tout sauf aléatoire. Il s’agit d’un pari romanesque clair : mettre à nu la structure mentale de la violence avant qu’elle ne se transforme en acte.
Au niveau de l’intrigue, celle de « Plomb » semble simple : un jeune homme vit une relation physique éphémère avec une jeune femme qui se solde par une grossesse non désirée, puis par la naissance d’un enfant dont l’existence se transforme en crise existentielle et morale pour les deux protagonistes. Mais l’intérêt de Zourabichvili ne porte pas sur l’histoire elle-même : il s’agit plutôt de plonger dans les recoins sombres de l’âme humaine, là où se forment le désir, la domination, la peur et l’agressivité.
Ce qui frappe d’abord dans ce texte, c’est la nature même du langage. Zourabichvili écrit en phrases longues, fluides, tendues, comme un flux de pensée ininterrompu. Le rythme de son langage, partie intégrante du sens, fait vivre au lecteur l’étouffement psychologique que subissent les deux personnages principaux. L’auteur crée ainsi un sentiment permanent d’enfermement, où les personnages semblent pris au piège dans des pièces exiguës, dans leur propre corps, mais aussi dans leurs pensées. Même le temps perd sa régularité, puisque le récit évolue selon des cercles de rumination, de répétition et de retours compulsifs aux mêmes images, ce qui est aux antipodes d’un récit linéaire et rectiligne.
C’est là qu’apparaît l’une des caractéristiques les plus importantes du roman : le temps psychologique l’emporte sur le temps réel. Quelques instants s’étirent pour occuper des dizaines de pages. Un simple regard ou un geste de la main se transforme en un espace narratif à part entière. C’est comme si l’auteur voulait dire que la violence se mesure aussi à l’aune de son ancrage dans la conscience. »
Article traduit depuis l’arabe.