TÉLÉRAMA, Christine Ferniot, mercredi 19 août 2020


Dans un grand-duché d’opérette, l’utopie affleure lorsque les apparences se délitent. Réjouissant.

« Depuis son premier roman, La Vie de Mardochée de Löwenfels écrite par lui-même, paru en 2002, Diane Meur joue avec le roman historique, glissant dans un passé allégorique des réflexions et des jugements contemporains. Mais cette fois, avec Sous le ciel des hommes, la romancière affronte le monde d’aujourd’hui. Même si son « grand-duché d’Éponne » a le pittoresque de l’imaginaire, tel un État d’opérette, endormi sur ses certitudes comme un gros chat lové dans un coussin. Dans les premières pages, chacun y semble à sa place, famille bourgeoise bourrelée de non-dits, journaliste vedette en quête d’un « bon sujet » pour vendre son prochain livre, groupe d’amis en pleine rédaction d’un pamphlet sur la marche du monde.

Mais parfois, à Éponne comme ailleurs, on aimerait que les choses bougent du côté du pouvoir dominant, à condition de dépasser sa frilosité. Maniant l’humour et la réflexion avec causticité, Diane Meur décide, dans ce roman époustouflant, de démonter les apparences, de renverser les certitudes et de permettre à ses personnages de s’émanciper. Ainsi Jean-Marc Feron, reporter sûr de lui, perd vivement de sa superbe, révélant des failles enfantines, des douleurs infinies, des incertitudes abyssales qui vont rendre plus sympathique ce garçon un peu fat.

Remarquable styliste, Diane Meur compose avec les différentes formes d’écriture. Celle du pamphlet sur « la déraison capitaliste » écrit à plusieurs mains. Celle du roman bourgeois où les familles se déchirent pendant le repas du soir. Toujours audacieuse, parfois grinçante, l’autrice donne une belle place à l’utopie, à l’espoir d’un monde où les pensées pourraient s’échanger librement. Mais, plus encore, elle met en avant le temps de l’adolescence. Celui où l’on « éprouve un sentiment d’absolu et de triomphe », celui où « tout est ouvert, tout est possible ». Devant cette promesse, l’ironie est balayée par l’émotion et l’espoir de liberté pour tous. »