• Parution : Août 2026
  • Traduit de l'allemand (Autriche) par Élisabeth Landes
  • N° d’éditeur : 251
  • Disponible en librairie au prix de 22 €. 200 p. Disponible en EPUB et PDF.
  • ISBN : 978-2-84805-631-9

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Le paysage du nouveau roman de Robert Seethaler est une rue, la « rue de la Lande », une rue banale, en périphérie d’une ville qui pourrait être Vienne. Merveilleux observateur du quotidien, le grand romancier autrichien a pour habitude de déterminer les contours d’un lieu et de porter sur ceux qui le fréquentent un regard tendre et acéré. La Rue en cela ne diffère pas du Tabac Tresniek (2014), évocation d’un bureau de tabac viennois en 1938, ou du Café sans nom (2023).

Aucun visiteur ne se perdrait rue de la Landes, et pourtant la vie de chacun de ses habitants, dans ses moindres détails, revêt son importance : le livre s’ouvre sur l’image d’un garçon à sa fenêtre, armé d’un lance-pierre, qui observe les toits, la lumière et les pigeons ; on est ensuite transporté auprès des pensionnaires d’une maison de retraite, dont la directrice, veillant sur ses protégés, semble pourtant la plus solitaire de tous ; ou chez une jeune fleuriste dialoguant avec un amoureux imaginaire ; ou au côté d’une jeune femme venue s’installer dans l’appartement de sa tante disparue ; ou encore dans le monde d’un ecclésiastique perdu pour son église… Tous ont des rêves et des secrets. Leurs chemins se croisent quotidiennement, parfois pour la kermesse annuelle, parfois à l’occasion d’événements dramatiques, mais que savent-ils l’un de l’autre ?

Au fil des années, sous l’œil de plus en plus désabusé d’un vieil antiquaire, la rue change, les commerces ferment, les voisins meurent ou déménagent, la modernité gagne, l’administration devient omniprésente… Véritable organisme vivant, la rue s’écrit à travers les monologues de ses habitants, les conversations de bistrot, mais aussi dans des fragments de journaux intimes ou des rapports de police collationnés avec minutie. Le plus saisissant dans cette narration mosaïque, ou « fiction-panier » selon Ursula K. Le Guin, est l’émotion qui s’y déploie. L’auteur, fin connaisseur de l’âme humaine, parvient en effet, parfois en quelques phrases, à rendre palpables les doutes, les espoirs, les ambitions ou la solitude de chacun des personnages composant son récit, qui dès lors dessine une méditation sur le temps qui passe et sur ce que signifie « habiter ».

C’est de la vie même que Seethaler fait la matière de son livre, parvenant à transformer la réalité triviale en un poignant poème symphonique.

Robert Seethaler, né en 1966 à Vienne, est également acteur et scénariste. Il vit à Berlin. Le Tabac Tresniek (2014), Une vie entière (2015), Le Champ (2020), Le Dernier Mouvement (2022) et Le Café sans nom (2023), tous parus chez Sabine Wespieser éditeur, l’ont imposé en France comme l’un des écrivains de langue allemande les plus importants de sa génération. Son œuvre est traduite dans le monde entier, et il jouit en Allemagne et en Autriche, où certains de ses livres ont atteint des ventes de plus d’un million d’exemplaires, d’une formidable notoriété.

INCIPIT

Le garçon tend l’élastique. Il émerge à mi-buste de la lucarne dans une veste de pyjama bleu clair, ses cheveux humides tombent en bataille sur son front. Il ferme un œil, sa petite langue rose pointée entre ses dents. Tout en bas une fenêtre claque, effrayant les pigeons du faitage : grands coups d’ailes dans l’ocre du matin. Pattes sèches, griffes crochues, yeux rouges et ronds, chatoiement violet-vert mousse-noir. Affolés, ils s’élèvent d’un coup, puis se laissent chuter en piqué vers la rue, où ils disparaissent. Le battement des ailes poussiéreuses résonne quelques secondes, puis le calme revient. Les rayons du soleil levant allument des reflets aux vitres des étages supérieurs, clignotent sur la pointe d’une aile d’avion, embrasent la fumée qui sort des cheminées et, rabattue par le vent, court sur les toits et les mansardes en déroulant ses rubans, avant de se déliter dans les gouttières. Le garçon cligne des yeux. Il laisse tomber son lance-pierre, écarte une mèche rebelle du dos de la main et fixe le point où, l’instant d’avant, s’alignaient encore les pigeons endormis, lovés les uns contre les autres.

DU MÊME AUTEUR

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