• Parution : Août 2026
  • Traduit de l'allemand (Autriche) par Élisabeth Landes
  • N° d’éditeur : 251
  • Disponible en librairie au prix de 22 €. 224 p. Disponible en EPUB et PDF.
  • ISBN : 978-2-84805-631-9

  • Extrait
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« À force de regarder les choses, on trouve parfois derrière toute façade une beauté si bien cachée qu’elle dépasse notre imagination », écrit Seethaler à propos de la rue dont il dessine les contours dans son formidable nouveau roman. En apparence, rien de bien remarquable « rue de la Lande » : une auberge, un bistrot, une maison de retraite, la statue ratée d’un saint mineur dont on ne sait même pas s’il a vraiment existé… 

Pourtant, sous le regard affûté de l’écrivain, le moindre détail finit par revêtir de l’importance : une variation de lumière à la fenêtre où se penche un gamin armant son lance-pierre, les prêches de plus en plus confus du vieux curé, les traces d’humidité dans la boutique du marchand de livres anciens, les visites rituelles de la directrice du foyer à la boulangerie ou les lettres de la fleuriste demeurant sans réponse. Tous ont des rêves et des secrets, leurs chemins se croisent, mais que savent-ils l’un de l’autre ?

Véritable organisme vivant, la rue prend consistance dans les monologues de ses habitants, dans leurs conversations saisies sur le vif, dans des fragments de journaux intimes, des règlements de copropriété, des rapports de police. Au fil des mois, la spéculation immobilière et l’arrivée d’immigrés nourrissent rumeurs et inquiétudes. 

Le plus saisissant dans cette narration mosaïque est l’émotion qui s’y déploie. En rendant palpables les doutes, les espoirs, les ambitions ou la solitude de chacun de ses personnages, l’auteur fait de la vie même la matière de son récit et propose chemin faisant une méditation poétique et politique sur le temps qui passe et sur ce que signifie « habiter ».

Robert Seethaler, né en 1966 à Vienne, est une des grandes voix de la littérature en langue allemande. Après Le Tabac Tresniek (2014), Une vie entière (2015), Le Champ (2020), Le Dernier Mouvement (2022) et Le Café sans nom (2023), Sabine Wespieser éditeur poursuit la publication en France d’une œuvre traduite dans le monde entier.

INCIPIT

Le garçon tend l’élastique. Il émerge à mi-buste de la lucarne dans une veste de pyjama bleu clair, ses cheveux humides tombent en bataille sur son front. Il ferme un œil, sa petite langue rose pointée entre ses dents. Tout en bas une fenêtre claque, effrayant les pigeons du faitage : grands coups d’ailes dans l’ocre du matin. Pattes sèches, griffes crochues, yeux rouges et ronds, chatoiement violet-vert mousse-noir. Affolés, ils s’élèvent d’un coup, puis se laissent chuter en piqué vers la rue, où ils disparaissent. Le battement des ailes poussiéreuses résonne quelques secondes, puis le calme revient. Les rayons du soleil levant allument des reflets aux vitres des étages supérieurs, clignotent sur la pointe d’une aile d’avion, embrasent la fumée qui sort des cheminées et, rabattue par le vent, court sur les toits et les mansardes en déroulant ses rubans, avant de se déliter dans les gouttières. Le garçon cligne des yeux. Il laisse tomber son lance-pierre, écarte une mèche rebelle du dos de la main et fixe le point où, l’instant d’avant, s’alignaient encore les pigeons endormis, lovés les uns contre les autres.

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