AMNESTY INTERNATIONAL, Aurélie Carton, juin 2016


« Si loin, si proche »

« L’Autre Joseph est un puzzle. L’auteure, née à Paris, d’origine géorgienne tente de reconstituer le visage toujours fuyant de son arrière-grand-père, Joseph Davrichewy. Un aïeul dont l’itinéraire croise sans cesse, jusqu’en 1907, celui de Joseph Djougachvili, dit Staline. Les deux Joseph naissent à quelques années et quelques rues d’écart, à Gori, bourgade rustique de Karthli, entourée de montagnes à 100 km de Tbilissi. Certains biographes du Petit père des peuples prétendent d’ailleurs qu’ils auraient eu le même père, préfet de Gori chez qui travaillait la mère de Staline comme couturière. Quand les pièces sont manquantes, il faut bien se fir aux légendes. Et les deux « Sosso » ont sans conteste un petit air de ressemblance. Leur enfance, histoire de débrouille et de dérouille, se poursuit dans la tourmente révolutionnaire contre la domination tsariste. Gamin bagarreur, adulte pilleur de banque, bandit, révolutionnaire, pionnier de l’aviation, agent secret, Davrichewy fut également le probable amant de Marthe Richard… Un absent dont le portrait en médaillon trône dans un cadre au-dessus de l’escalier, écrit Kéthévane Davrichewy.
Dans un précédent ouvrage intitulé La Mer Noire, l’écrivaine évoquait l’héritage maternel et l’exil de sa famille en France, grâce à une transmission de ce côté-là limpide et officielle. Ici, elle questionne la figure paternelle et une transmission plus complexe mélangeant le mythe et les non-dits. Pour cette reconstitution aléatoire, elle pioche dans les archives familiales – photos, mémoires, témoignages – ainsi que dans la grande histoire. De Gori à Tiflis (l’actuelle Tbilissi), de Paris à Lausanne, Joseph Davrichewy écrit ainsi son destion qui côtoie notamment celui des Trotski, Kamenev, et bien sûr, celui de Staline. »