ELLE, Jeanne de Ménibus, vendredi 17 octobre 2014


« Saga : Laissés pour conte »

« Depuis cinquante ans, Haïti a gagné en pragmatisme, explique Yanick Lahens. Mais la jeunesse, plus américanisée, a parfois perdu le contact avec ses racines. Or, pour la romancière, le changement passe par la compréhension des comportements façonnés par l’histoire de l’île. Pour les incarner, l’auteur de La Couleur de l’aube a choisi les paysans, longtemps restés à l’écart de la rumeur du monde. Notre littérature évoque peu cette part de notre population. Le séisme m’a convaincue de l’urgence de leur donner une voix. Tout commence par la découverte d’une jeune femme agonisante sur la plage. Dernier bourgeon d’un arbre généalogique marqué d’un seau fatal, elle en sera le coryphée. Partant de cette tragédie, Yanick Lahens retrace, sur trois générations, la destinée de deux clans, liés par un rapport de forces inégalitaire. Leur histoire est celle des vainqueurs et des vaincus, quands les puissants ravissent, avec désinvolture, les terres et les femmes de ceux qu’ils dominent. Mais, entre les nantis et les soumis, il y aura de la défiance, de la rancœur, des heurts, mais aussi un coup de foudre et une improbable solidarité. Ainsi, ce roman de la terre haïtienne, gorgé de lyrisme et nourri de chants créoles, nous parle intimement. Quand la lune se lève sur le monde de Yanick Lahens, le temps se change en lumière et l’on y voit soudain plus clair. »