TÉLÉRAMA, Christine Ferniot, mercredi 19 août 2015


« Spécial rentrée littéraire : La Carte des Mendelssohn de Diane Meur TT »

« Remarquable traductrice de l’allemand et de l’anglais, passionnée d’histoire, Diane Meur est également douée pour le chaos. Elle adore tirer le lecteur par la manche afin de l’entraîner dans des enquêtes baroques. Après quelques épopées dans l’Antiquité (Les Villes de la plaine), le Saint Empire au XIVe siècle (La Vie de Mardochée de Löwenfels, écrite par lui-même) ou la Galicie en 1820 (Les Vivants et les Ombres), la voici à Berlin, fouillant la vie du compositeur Felix Mendelssohn (1809-1847) et surtout celle de son grand-père Moses (1729-1786), philosophe défenseur des libertés de culte et d’opinion. Diane Meur plonge avec une érudition gourmande au coeur de cette épopée familiale, ces vies éparpillées dans le monde entier. Quand l’arbre généalogique ne lui suffit plus, elle dessine une carte de géographie dans son salon, pour mieux comprendre comment cette famille se déploie sans cesse.

Tout en décrivant les aventures de Moses et ses dix enfants, Diane Meur se glisse entre les lignes de son récit, évoque ses difficultés permanentes, ses lectures inutiles, ses étonnements, ses tâtonnements de chercheuse. Elle est là, présente à chaque page, et son livre n’est pas, écrit-elle alors, le roman des Mendelssohn, mais le roman vécu de ma recherche sur les Mendelssohn, dont je serais le seul personnage répondant à mes critères du personnage de fiction, puisque je ne connais pas d’avance ma propre vie… Sa fiction à la Perec, qui paraît se construire à chaque page, est d’une lecture exaltante. Grand roman symphonique nourri de correspondances, de poèmes, de journaux intimes, La Carte des Mendelssohn nous parle de figures excentriques, de l’histoire du monde, des communautés et des métissages, sans jamais perdre le sens de l’humour. Diane Meur sait parfaitement à quel moment il faut redescendre sur terre et mettre en ordre ce Meccano auquel il semble toujours manquer une pièce pour tenir droit — jusqu’à la dernière page, où se révèle ultimement l’axe de symétrie… »