WWW.MEDIAPART.FR, Frédéric L’Helgouach, avril 2020


« Catherine Mavrikakis, écrivaine-universitaire vivant au Québec, en est à son septième roman et c’est tout à l’honneur de la maison d’édition Sabine Wespieser que de proposer son œuvre puissante et stimulante au plus grand nombre ici, dans l’hexagone. Car il faudrait manquer sévèrement de flair pour passer à côté. La dame Mavrikakis (de mère française et de père grec) n’a pas son pareil pour nous entraîner sur des chemins funèbres aussi inattendus que libérateurs. Dans son dernier roman, L’Annexe, elle envoie certes ad patres les fâcheux sans sourciller, déboîte le cou des vieilles dames slaves, n’économise guère le cyanure et joue facilement du Santoku mais elle le fait avec esprit et nous questionne ainsi sans pincettes sur la notion d’identité et de liberté. Le noir lui sied, oui, mais n’est point pour elle symbole de deuil : couleur de la provocation, plutôt. L’auteure avait donné le la, montré son agilité à manier le cynisme apparent et dévoilé son rapport singulier au macabre et à la littérature dans son premier roman, Deuils cannibales et mélancoliques (tout un programme), livre choc hanté par Hervé Guibert et le Sida, paru en 2000 au Québec et réédité par Sabine Wespieser en France (dans la foulée de L’Annexe). L’occasion pour les lecteurs qui ne craignent pas les bousculades de découvrir l’univers de cette auteure à la plume…tranchante et dans laquelle la  mémoire d’Anne Frank occupe une place centrale. L’Annexe traite du thème de l’enfermement, donc nul doute qu’il devrait – tout comme Deuils cannibales et mélancoliques, véritable cri de rage contre le scandale qu’est la mort – trouver quelques échos en ces temps pour le moins hors-normes et anxiogènes. Et rassurez-vous, l’idée n’est pas de plomber davantage le moral des troupes feuilletantes : car  Catherine Mavrikakis se paie en sus le luxe d’être souvent drôle (ce qui ne gâche rien et en dit long sur sa maîtrise du récit).
“La littérature nous rappelle des choses enfouies en nous, ou même qui nous arriveront un jour. Il y a quelque chose de prémonitoire dans l’art en général” [Libération, 15 mars 2020]. Riche programme pour ces deux livres-miroirs publiés conjointement. »