• Parution : Mars 2022
  • Roman traduit de l'anglais (Irlande) par Mona de Pracontal
  • Titre original : We Are Not In The World
  • Ouvrage traduit avec le soutien du Centre national du livre
  • N° d’éditeur : 205
  • Disponible en librairie à partir du 3 mars 2022 au prix de 22 €, 320 p.
  • ISBN : 978-2-84805-444-5

Personne ne nous verra

Conor O'CALLAGHAN


Au sujet de Rien d’autre sur terre (2018), le premier roman de Conor O’Callaghan, Barbara Cassin écrivait dans Le Monde des Livres : « On lit d’une traite à la fois un polar et un poème, en une langue étrange et familière que personne ne pratique vraiment. »

Il en va de même pour ce nouveau livre, aussi puissant que mystérieux : le cœur brisé par une histoire d’amour malheureuse, le narrateur, Paddy, a accepté au pied levé de convoyer un gros camion vers le Sud de la France. Le premier chapitre s’ouvre dans la cale du ferry, au moment où s’abat la porte de déchargement. L’homme est intranquille… Est-ce parce qu’il a embarqué une passagère clandestine ? La jeune femme, la vingtaine, l’aspect rebelle et négligé, est sa fille.

Pendant la semaine que durera leur voyage, ces deux-là vont tenter de reprendre un dialogue apparemment suspendu. À la faveur du huis clos de la cabine, ils évoquent les années écoulées, dans une conversation hachée, souvent interrompue : l’enfance heureuse de Kitty aux États-Unis à l’époque où ses parents vivaient encore ensemble, la période pendant laquelle Paddy s’est retrouvé solitaire dans le Nord de l’Angleterre, mais aussi « la chose, sa chose, dont nous ne parlons jamais », épisode douloureux survenu dans la vie de la jeune fille et qui se révélera être le nœud de l’intrigue.

Le monde extérieur s’invite pourtant dans cette traversée qui commence dans la jungle de Calais, notamment lors des haltes inévitables au fil de leur descente vers le Sud : Paddy, autant que faire se peut, tente d’éviter les grandes tablées autour desquelles se retrouvent le soir les autres routiers, et notamment Carl, le chef d’équipe à qui il doit rendre des comptes. Kitty, elle, reste à l’abri et, lors de ces étapes, se glisse furtivement hors du camion, étrangement vêtue – on est en plein mois d’août 2015 – du manteau de vison de sa grand-mère. L’ombre de cette femme, une Irlandaise lectrice de Proust qui a appris le français en Camargue, s’invite souvent avec eux, et notamment quand son fils, le narrateur, apprend par un texto de son frère que leur maison d’enfance est à vendre.

Dans ce livre hypnotisant, la dérive de ces deux personnages hantés, perdus entre passé et présent, est ponctuée par d’incessants messages apparaissant sur l’écran du téléphone de Paddy : ceux de son frère, mais aussi ceux d’un interlocuteur impliqué dans la violente rupture amoureuse qu’il vient de vivre, comme des rappels de la réalité.

Poète, Conor O’Callaghan use en effet d’une langue bien à lui pour nous entraîner, en un magnifique lamento, dans les abîmes d’un chagrin qui ne dit pas son nom.

DU MÊME AUTEUR

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