Rose la nuit de Maryline Desbiolles, Muriel Steinmetz, L’Humanité, 15 janvier 2026
« Rose la nuit constitue une joyeuse sarabande de lutte au féminin pluriel, baroque, artisanale, fabuleusement fluide. »
« Rose la nuit constitue une joyeuse sarabande de lutte au féminin pluriel, baroque, artisanale, fabuleusement fluide. »
« Les écrivains sont rares, qui parviennent à faire cohabiter en eux deux voix : la voix de la narration et du plaisir inné que celle-ci procure, et la voix de la réflexion et de la soif de sens à laquelle celle-ci répond. Yanick Lahens, née en 1953 en Haïti, fait partie de ces écrivains, au féminin. Elle a beau enseigner au Collège de France, elle a gardé intact l’art de conter tel qu’il se transmet au fil de générations, et elle possède le talent qui permet de basculer de l’oral à l’écrit, de fixer sur le papier ce qui, par essence, est mouvant et change au gré de qui parle. Passagères de nuit, son dernier récit, illustre ce talent avec une superbe qui semble couler de source. Il est pourtant plein d’une violence que le plus beau des romans ne saurait effacer. »
« L’Objet d’amour est un festival de courtes histoires, ciselées comme de petits diamants. Avec un bel art de la concision, l’autrice place ses personnages dans des situations quotidiennes, avec un léger décalage. Il y a des filles de la campagne, comme Mary, qui, dans la première nouvelle, « Fête irlandaise » (écrite en 1962), quitte la ferme de ses parents, enfourche son vieux vélo pourri, évite les nids-de-poule sur la route verglacée de novembre. Elle est invitée à une soirée, à l’auberge du village, elle a préparé une belle robe. Les choses ne se dérouleront pas comme elle l’imaginait. »
« Un huis clos entre deux jeunes gens murés dans leur solitude »
« Marie Richeux est une glaneuse. Elle sait comme personne faire advenir les mots justes et les vérités cachées. Sur les bords de chemin toujours elle trouve la beauté. […] Officier radio – un récit buissonnier qui ne vise pas à combler les mystères et l’absence mais plutôt à partager des questions, des moments de vie, des voix aux grains singuliers. “Comment ne pas oublier” répète le père de Marie Richeux en parlant de la mort de son frère et de ses répercussions dans la vie familiale. “Et moi j’entends: Comment faire autrement qu’oublier un peu? Mais j’entends aussi: Comment faire pour ne pas oublier? Quoi faire pour ne pas oublier? Comment. Ne pas. Oublier”. »
« Rose la nuit, de Maryline Desbiolles, est un livre de couleurs, d’images et de voix. Un récit qui entraîne son lecteur, dès les premières pages, dans un tourbillon de paroles effilochées, fragmentées, un peu folles, toutes traversées par l’urgence de se raconter. »
« Dès l’incipit, le quatrième roman de Maryline Desbiolles qu’elle publie aujourd’hui à le don d’ouvrir l’âme du lecteur sur un parterre de fleurs. »
« La magnifique écrivaine irlandaise (1930-2024), dont on a tant aimé Les Filles de la campagne, nous avait caché son talent de nouvelliste. Grâce à son éditrice, Sabine Wespieser, on dévore trente et une histoires courtes, dont celle qui donne son titre à ce recueil sur l’amour d’une femme pour un homme marié. »
Entretien de Marion Muller-Colard autour de son nouveau récit L’Ordre des choses.
Pour composer ce double récit d’émancipation qui entremêle les trajectoires syncopées de deux femmes fortes, l’écrivaine haïtienne a puisé dans sa propre histoire familiale. « J’ai su que j’avais une arrière-arrière-grand-mère qui était arrivée de la Louisiane, mais c’était très parcellaire, il y avait beaucoup de non-dits. Et j’ai aussi pensé à mon arrière-grand-mère, que j’ai connue, qui a été la compagne du fils de cette personne arrivée de La Nouvelle-Orléans. Je voyais la photo dans la maison de ce monsieur habillé comme les généraux du XIXe siècle en Haïti. » Yanick Lahens a voulu briser le mur de silence autour de leurs vies. « Heureusement que la littérature existe, parce que je les ai réinventées. »
Au fil de ces destins de femmes, le roman, d’une certaine façon, nous entraîne dans les coulisses de l’histoire officielle. C’est le sens qu’il faut donner au titre, ces « passagères de nuit » : femmes, maîtresses, Noires plus noires, esclaves.