Passagères de nuit de Yanick Lahens, Maguet Delva, Le National, 2 septembre 2025
« Yanick Lahens signe un roman polyphonique et historique »
« Yanick Lahens signe un roman polyphonique et historique »
Entretien avec Marie Richeux et chronique de son nouveau roman Officier radio.
« Je ne crois pas que la littérature rende justice à nos stratagèmes humains. C’est plutôt le mouvement général du livre, qui commence par une volonté de savoir, par une mise en mouvement, par la question incessante adressée à mon père. »
« Un magnifique roman d’apprentissage transgénérationnel. »
« Avec ce récit, l’auteure haïtienne, Prix Femina 2014, remonte le fil de son héritage pour redonner chair et lumière aux femmes de sa lignée, celles qui, de génération en génération, ont opposé la vaillance à la violence, l’insoumission aux conventions. »
« Et surtout ne pas oublier que chaque crâne abrite une voûte céleste resplendissante, où lever les yeux à satiété pour suivre sa bonne étoile. Yanick Lahens semble avoir construit son roman sur le même mode. Cousu de couches chatoyantes, il est à la fois chant et enseignement, mu par l’urgence, après une longue maturation. »
Le 22 janvier 1942, dans un quartier bourgeois d’Haïti, Alice Bienaimé danse et, parce qu’elle danse avec toute la passion que ses 13 ans lui insufflent, elle est giflée par son père.
Dans Passagères de nuit, un roman inspiré par les figures de sa grand-mère et de sa bisaïeule, Yanick Lahens met en lumière le rôle silencieux, néanmoins crucial, des femmes dans l’histoire de son île natale.
Extraits de l’entretien :
Je voudrais évoquer avec vous votre attachement à Haïti, qui vous fait continuer à vivre à Port-au-Prince alors que la situation y est particulièrement dangereuse, avec la violence des gangs qui s’étend partout. Est-ce par solidarité, par engagement, par nécessité, parce que là est la source de votre écriture ?
Il y a tout un ensemble de gestes, d’habitudes et de liens qui ont fait de moi qui je suis, et qui me rattachent à ce pays. Je dirais aussi qu’Haïti est un pays qui occupe une place centrale sur la carte du monde et qu’ayant conscience de cette place, je souhaite y rester. J’aime ce pays, j’estime que j’ai de la chance d’appartenir à cette culture qui est tout à la fois amérindienne, africaine et française. Toute l’Amérique, du Nord au Sud, y est présente, en même temps que l’Afrique et l’Europe. Avec cette si vaste ouverture, on a vraiment une longueur d’avance, on est bien outillé pour comprendre le monde. Et pendant que Port-au-Prince est livrée à l’insécurité et à la violence des gangs, il y a encore des activités culturelles et éducatives qui se maintiennent et il se passe des choses extraordinaires dans plusieurs autres régions du pays : des expériences agricoles intéressantes, des formations à la musique classique pour les jeunes, des actions solidaires formidables…
Dans votre roman, vous donnez aussi une place de premier plan aux femmes, à des femmes fortes quand bien même elles sont en situation d’indigence ou d’esclavage.
Oui, parce que dans la grande Histoire, les femmes sont absentes ; il y a tant de silence autour du rôle des femmes et de ce qu’elles ont accompli. J’ai voulu combler ce silence. J’ai voulu aller sur le territoire de l’intime.
« Le roman explore la complexité du rapport mère-fille marqué par la distance et la froideur de la première, incapable de témoigner de l’affection à sa fille. Entre elles deux existe une forme paradoxale d’ignorance et de ressemblance, où l’on devine pourtant une profonde tendresse. Certes, l’autrice insiste sur le sentiment d’invisibilité de sa mère, mais il ne s’agit pas d’un roman réquisitoire. Dans une inversion symbolique, la fille accouche de sa mère ; elle en fait l’héroïne du roman et lui offre le rôle qu’elle n’a jamais réussi à jouer : celui d’actrice de sa propre existence. »
« Chez Yanick Lahens, les figures marquantes sont quasi exclusivement féminines, mues par cette « ténacité silencieuse » qui caractérise les héroïnes de « Passagères de nuit ». »