LE JOURNAL DU DIMANCHE, Laëtitia Favro, dimanche 18 août 2018


« La voix des femmes »

« « Bring back our girls » (« Ramenez nos filles »). Quand dans la nuit du 14 au 15 avril 2014 les djihadistes de Boko Haram enlèvent 276 lycéennes à leurs familles, une vague d’indignation submerge les réseaux sociaux jusqu’à la Maison-Blanche, un unique slogan brandi aux yeux du monde. En marge de cette éphémère médiatisation, Edna O’Brien a enquêté trois années durant sur le sort de ces jeunes filles, s’est rendue au Nigeria pour rencontrer d’anciennes captives : Rebecca, Abigail, Hope, Patience, Fatime, Amina, Hadya et tant d’autres, dont la voix s’incarne dans l’héroïne de son roman, Maryam, ou « Girl ». […]

En lutte pour sa survie et sa dignité, Girl s’inscrit dans la lignée des héroïnes bafouées d’Edna O’Brien, elle-même mise au ban de la société irlandaise catholique et nationaliste des années 1960 pour avoir contesté son ordre moral et familial. Porté par une figure inoubliable, par une puissance d’évocation se confrontant aux limites du dicible, le récit nous entraîne dans un voyage au cœur des ténèbres, seulement éclairé par quelques vestiges d’humanité dans un pays sombrant dans l’horreur et la dévastation.

Rendant hommage à la persévérance des femmes, Girl célèbre la toute-puissance du lien maternel que ces enfants-mères découvrent contre leur gré, violées par leurs ravisseurs, « pieds nus, suppliantes, vivant de restes et pourtant continuant, continuant ». Un roman dont on ressort cabossé mais pas sans voix, qui incite à résister pour toutes nos filles, quelles que soient leur nationalité, leurs coutumes, leurs croyances, leur couleur de peau. »