LE MATRICULE DES ANGES, Anthony Dufraisse, novembre-décembre 2020


« En a-t-elle connu des ministres de l’Éducation nationale, durant sa carrière d’instit’ puis de directrice d’école ! Michèle Lesbre les a comptés : pas moins de dix-huit en tout, des très oubliés, Lucien Paye ou Christian Beullac, aux plus marquants (pas forcément en bien…) Claude Allègre et François Bayrou.

Écrire sur l’école, c’est retrouver en désordre des moments, des doutes, et ce perpétuel sentiment d’être au plus près de l’essentiel, parce que l’exercice de ce métier continue de construire nos vies, tout en portant celles qui nous sont confiées” dit l’auteure, qui signe là son treizième livre, depuis La Belle Inutile en 1991 jusqu’au plus récent Rendez-vous à Parme, l’année dernière. (Des lignes, comment ne pas y penser ?, qui résonnent douloureusement juste après les terribles événements de Conflans-Sainte-Honorine…).

Retraçant son son “long périple à l’école“, monde qu’elle quitte en 1995 au bord du désenchantement, Michèle Lesbre regarde donc en arrière. Ici des souvenirs d’écolière dans la France de l’après-guerre, là des rencontres, entre l’Auvergne et Paris, avec des élèves dont elle garde parfois une image émue ou avec des collègues lumineux sachant marquer de leur empreinte une classe, elle refait le chemin. Un chemin semé d’embûches tant le lien de l’univers enseignant s’est lentement distendu, et avec la société et, ceci expliquant peut-être cela, avec l’administration sous les ministères successifs.

Pas totalement impuissante, car son engagement se politise au fil du temps, (“Je réalise à quel point l’école et la politique sont liées“), elle assiste à la “lente et insidieuse dépréciation de l’école“. Et à la montée, de tous côtés, des frustrations puis des colères. Dans le monde enseignant, l’odeur de la poudre a remplacé celle de l’encrier ; le tableau s’assombrit chaque année un peu plus… 1945-1995 :  cinq décennies, donc, traversées à grandes enjambées dans un touchant témoignage sur l’évolution de l’école et sa place déplacée dans la société.

Touchant et piquant, à l’image des dessins de Gianni Burattoni qui rythment les pages, comme c’était déjà le cas de certains précédents ouvrages de l’auteure, Disparitions bucoliques (2010) et Où sont les arbres ? (2013). »