TÉLÉRAMA, Michel Abescat, samedi 21 février 2015


« À l’instar d’un Modiano, qu’elle admire, Michèle Lesbre reprend sans cesse le même livre, fouille la même mémoire, inlassablement. Images de la guerre, fondatrices ; celles de la gare de Poitiers bombardée, d’une maison qui lentement s’écroule, comme s’effondre un château de sable ; celles de ses parents, couple en perpétuelle bataille ; celles, lumineuses, de vacances au bord de la Loire, chez ses grands-parents, l’été de son enfance. À chaque livre, pourtant, l’auteur s’aventure plus loin sur des chemins de plus en plus intimes. Ici, à la recherche d’un père que le lecteur a déjà plusieurs fois croisé, et qui toujours échappe. De livre en livre, le texte s’allège, le dispositif fictionnel s’amenuise, les silhouettes se font évanescentes. L’auteur travaille sur la transparence, la lumière et ses variations jouent un rôle majeur, les temps se côtoient, hier et aujourd’hui réunis, les morts aussi présents que les vivants… Il suffit d’un instant, un homme entrevu depuis la terrasse d’un café, absorbé dans la lecture d’un livre, pour que le mécanisme s’enclenche. La narratrice part, ce livre pour tout bagage, celui que son père aimait, à la recherche du chemin de sa vie, d’hôtel en hôtel, privilégiant les paysages immobiles où le temps semble se retenir. On progresse en funambule dans les détours de ce pèlerinage au charme flottant, ému par la finesse et la limpidité cristallines du texte, bouleversé par cette rencontre d’une femme et d’un père, à jamais intime étranger. Touché aussi par cette légère distance au monde qui semble, pour la première fois, s’installer. Il y a tant de beauté dans ce livre. »