UNTITLED MAGAZINE, Mathilde Jarrossay, vendredi 6 janvier 2022


Premier roman de Camille Froidevaux-Metterie, Pleine et douce est un roman choral de femmes, sur les femmes et par des femmes. Sensible et multiple, ce récit raconte la vie des femmes d’une même famille d’âges différents et dont les vies sont aussi lointaines que parfois étrangement proches. 

Il y a Eve, un bébé, Nicole, la matriarche et ses filles, Stéphanie, Lucie et Laurence, les filles de Lucie, les amies des filles… Ce sont toutes ces femmes qui parcourent le premier roman de la philosophe et chercheuse, Camille Froidevaux-Metterie. Chacune a son chapitre et chacune a sa voix. Le roman nous transporte aux côtés de ces femmes, dans leur quotidien et dans leur intimité.

De tout âge
Il y a les ressentis physiques d’un bébé, les jeux de cour de récréation d’une jeune fille, les états d’âme d’une adolescente ou encore le combat contre la vieillesse d’une femme. Ce sont autant de stades de la vie d’une femme que de chapitres dans ce roman. Camille Froidevaux-Metterie analyse à travers différents personnages les différents âges et les différentes étapes de construction d’une femme.

« Alors on peut toujours essayer de résister, je l’ai fait moi-même, j’ai dépensé des fortunes en crèmes et autres injections miracles, ça marche quelques semaines, quelques mois parfois, mais très vitre la nature reprend le dessus et on comprend qu’il n’y a plus qu’à se laisser faire et à s’enfoncer. Laurence est déjà bien engagée sur cette voie, Stéphanie suivra bientôt et puis ça sera Lucie. Chacune tour à tour, subira les regards qui vous traversent sans vous voir, les sourires qui suivent la commisération et les sièges qui se libèrent sans qu’on les demande. »

Ce sont autant des réflexions sur le corps, sur l’intime, sur la place qu’elles occupent dans la société ou dans leurs structures familiales qui sont ici mises en avant. Avec une écriture aussi douce et englobante, Camille Froidevaux-Metterie nous raconte une histoire, celle de ces femmes, mais c’est aussi l’Histoire qu’elle raconte. Elle décrit ce que les femmes traversent, elle analyse et explique les sentiments de celles-ci.

Le regard critique mais sensible de l’auteure sur ces femmes nous plonge dans un roman aussi dur que réaliste.

Des voix et des trajectoires
L’auteure explore les voies des femmes. Elle décrit des parcours de femmes différentes, Stéphanie et son combat de femme lesbienne pour avoir un enfant, Lucie et sa vie maritale qu’elle délaisse pour un amant, Nicole et les affres de la vieillesse, Kenza et son cancer. Ce sont autant de voix que de voies que ce roman explore.

« Emma ne voulait pas y croire, elle disait que c’était dégueulasse de faire ça, qu’on privait le bébé d’avoir un papa et tout. J’ai dit que non, au contraire, c’était beau parce que la maman avait un si grand désir d’avoir un enfant qu’il serait sûr d’être aimé, alors que, parfois y’a des parents qui ont des enfants, mais qui les aiment pas trop. »

à travers ces parcours, l’auteure nous montre que chacune peut vivre sa féminité à sa façon, qu’il y a plusieurs manières d’être femme et que cela inclut différents âges, différents modes de vie et que chacun vaut le coup d’être vécu. A sa manière de philosophe, Camille Froidevaux-Metterie met en avant la vie des femmes dans des situations concrètes. Un roman doux et amer qui parle à chacune d’entre nous.

« J’ai fait une photo de la radio, je la regarde souvent. c’est assez joli, très graphique. Mon sein se découpe en formant une poche à l’arrondi parfait et sur son côté, se dessine une cercle blanc, lune pleine dans un ciel brumeux. C’est ma noisette. Je ne l’ai jamais considérée comme une intruse, bien au contraire, j’ai choisi de l’accueillir, j’ai voulu qu’elle se sente en quelques sorte chez elle, légitime. »

Ce premier roman est une éloge des femmes, un bel hommage et aussi un objet littéraire à mettre entre toutes les mains pour comprendre ce que c’est d’être une femme.

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