- Parution : Mai 2026
- Traduit de l'indonésien par Dominique Vitalyos et Cécile Bellat
- Titre original : Sato l'impie
- N° d’éditeur : 249
- Disponible en librairie au prix de ....
- ISBN : 978-2-84805-605-0
- Revue de presse
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Sato Reang, le jeune protagoniste de ce court roman d’apprentissage, grandit dans une petite ville de l’île de Java pendant les années 1980. Dans un pays où l’islam majoritaire cohabite sans heurts majeurs avec les autres confessions religieuses, son enfance est tout entière occupée par son désir de s’émanciper de l’éducation que lui impose son père, musulman strictement pratiquant, qui veut faire de lui un enfant pieux, soumis au rythme quotidien des cinq prières obligatoires. Privé de sortie le samedi soir (consacré à la lecture des écritures), il dissimule honteusement son visage derrière le dos paternel, lorsque, à vélo sur le chemin de la mosquée, ils passent devant le marché où sont réunis ses camarades, plus libres et plus chanceux que lui. Quand, rarement, il parvient à s’échapper, les représailles sont sévères : il ne pourra plus jamais voir un ballon de football sans penser à celui que son père a tranché en deux de sa machette lors d’une partie clandestine. Aidé par les circonstances, le jeune homme fera tout ce qui est en son pouvoir pour se libérer du carcan de son éducation. C’est pourtant au moment où il pensera y être parvenu que le piège se refermera sur lui. Maître en rebondissements et en provocations, Kurniawan nous propose, avec cette fable menée tambour battant, une très intéressante méditation sur le libre-arbitre et son usage. Il dresse aussi le portrait attachant, et très universel, d’un personnage à jamais marqué par les gestes et les rituels qu’on lui a inculqués. Auteur de romans, de nouvelles, d’essais et de scénarios, Eka Kurniawan, né en 1975 dans l’île de Java, vit à Jakarta. Son œuvre est aujourd’hui traduite en trente-cinq langues. À son propos, la New York Review of Books écrit qu’il est « un héritier littéraire de Günter Grass, Gabriel García Márquez et Salman Rushdie ».
N° d’éditeur : 249 – dépôt légal : mai 2026 – mise en vente du 7 mai 2026
ISBN : 978-2-84805-605-0 – prix : 20 euros – 160 pages – 14 x 18,3
EXTRAIT :
« Allez, un péché, un tout petit…, j’ai soufflé à Jamal comme si je voulais répandre l’illumination qui m’avait gagné. Toi, tu es un enfant pieux, tu as déjà amassé tout un tas de mérites. Ce n’est
pas un péché qui fera pencher ta balance du mauvais côté. » En m’entendant parler comme ça, mon camarade de classe s’est mis à marmonner et implorer la protection du Très-Haut. J’ai failli éclater de rire devant sa réaction. Il avait tellement peur qu’il me voyait déjà comme un démon en puissance. J’étais ravi. Il existait au moins une personne pour ne pas me considérer comme le gamin assis à l’arrière du vélo de papa le samedi soir, caché derrière son dos. Dorénavant, plus besoin de dissimuler mon visage. Ils pouvaient bien scruter mon gros nez aux narines légèrement épatées, mes lèvres charnues un peu sombres, mes yeux aux sourcils minces, ils y découvriraient des reflets diaboliques. C’était génial ! Sato Reang s’était métamorphosé. C’était jouissif. Je ne laisserais plus jamais personne me renvoyer à ma vie d’avant.
J’ai déclaré avec la gravité d’un grand prédicateur magnanime : « Ne pas prier de temps en temps, il n’y a pas de mal à ça. Si un jour un ange te questionne à ce sujet, tu pourras toujours lui répondre que tu as déjà prié des milliers de fois, c’est la vérité. » Jamal s’est remis à marmonner, à implorer la protection de Dieu, en ajoutant cette fois : « … contre les tentations du démon maudit. » Ha ha ha. Le démon maudit précoce, c’était moi. Jamal, qui avait encore peine à croire que ces mots étaient issus de ma bouche, avait un peu blêmi. En fait, beaucoup de mes camarades ne fréquentaient pas la mosquée. Plusieurs d’entre eux n’y avaient même jamais mis les pieds, sauf quand ils étaient tout petits. Mais aucun n’était jamais allé jusqu’à inciter Jamal à en faire autant.
