FRANCE 2, Monique Atlan, vendredi 27 janvier 2017


« Dans quelle éta-gère »

« J’ai eu envie d’écrire à Marion du Faouët, qui est une femme rebelle née en 1717 dans une Bretagne misérable, qui va créer à même pas vingt ans sa bande, avec son frère, son amoureux et quelques hommes à cheval, et ils vont dépouiller les riches marchands, les curés, qui rentrent des marchés et des pardons, partager entre eux évidemment, mais aussi donner aux pauvres dans les périodes de grande misère.

– Il ne s’agit pas pour vous d’évoquer seulement la vie trépidante de Marion du Faouët, mais de vous adresser à elle, de vous confier à elle…
– J’ai tendu une passerelle entre aujourd’hui et son temps à elle, pour lui dire mon malaise par rapport à la misère d’aujourd’hui…
– Dans le Morbihan de Marion du Faouët, il y avait les pauvres effectivement, la révolte des Bonnets rouges, quand les pauvres étaient considérés comme des criminels, et pour vous, ça fait écho à aujourd’hui…
– Mais bien sûr, parce que, comme je le lui dis, la violence du pouvoir n’est jamais reconnue. C’est encore vrai aujourd’hui, dans le monde entier. Et c’est une fille qui a été traitée comme une sorcière, qui a été torturée pendant les interrogatoires, qui a été pendue à trente-huit ans, et en plein siècle des Lumières !
– Vous dites : « sa liberté fait peur, son insolence aussi. » C’est ça qui vous relie ?
– Parce que je pense que la liberté des femmes, et leurs droits dans la cité, est encore un problème aujourd’hui. On a acquis des droits ici, mais il faut les défendre sans arrêt. Et il y a des pays où elles n’ont rien du tout, ces femmes. En fait, je lui dis que, malgré le temps qui a passé – il y a deux cent soixante ans qu’elle est morte –, les choses ne se sont pas beaucoup arrangées. »

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