FRANCE CULTURE, “Par les temps qui courent”, Marie Richeux, vendredi 2 octobre 2020


Nous recevons l’écrivaine Michèle Lesbre à l’occasion de la sortie de son livre “Tableau noir” chez Sabine Wespieser éditeur. Elle y retrace 50 années de sa vie à l’école, et nous livre une réflexion sur l’évolution de l’Éducation nationale.

Dans Tableau noir, Michèle Lesbre propose une réflexion sur les changements survenus dans l’Education nationale, à partir de son parcours d’ancienne professeure. Elle y retrace ses années de pensionnat, ainsi que ses diverses expériences en tant qu’enseignante à Paris et en Auvergne. Elle y confie également son inquiétude concernant le manque de formation et le désarroi de ses jeunes collègues, ainsi que les multiples et récurrentes réformes de ce ministère.

“J’ai décidé d’arrêter l’enseignement, car j’ai ressenti un manque d’enthousiasme, et je n’avais pas envie de ça. C’est un métier, où il y a beaucoup d’affects, et sans cela on ne peut pas le faire. En décidant de m’arrêter, j’avais déjà envie d’écrire ce texte, comme quand on écrit à la fin d’une histoire d’amour. Mais, cela me semblait vain, et j’ai laissé filer les choses. Le suicide de Christine Renon à raviver les choses. Ca m’a énormément bouleversé, alors que je ne connaissais pas cette femme, mais son geste je le comprenais complètement, et je pouvais imaginer ce qu’elle avait écrit dans sa lettre. Là, je me suis dit que je ne pouvais pas ne rien écrire, ne serait-ce que pour moi, parce que j’avais envie de réagir à ce geste terrible.”

“Au milieu des années 80, j’ai ressenti un mépris envers les enseignants de la part du ministère de l’Education national. On met sur les enseignants tous les échecs de l’école, alors même que l’école est négligée depuis de nombreuses années. Il y a eu de nombreuses mobilisations pour faire baisser les effectifs beaucoup trop des classes, et j’ai passé quasiment toutes mes années d’enseignement sans voir un effort de ce côté-là. Mais maintenant, c’est encore pire. J’ai connu beaucoup de ministères, chaque ministre pond une réforme, lui donne son nom, change de ministère, et c’est aux instituteurs et institutrices d’essayer de ne pas se noyer dans ces tempêtes. Heureusement, ce sont eux qui sont tous les matins devant les élèves, et c’est pour cela que l’école tient.”

“Quand j’ai commencé à écrire ce livre, je me suis dit que j’allais commencer depuis le début. L’école, ce n’est pas seulement celle où j’ai commencé ce métier, mais c’est aussi celle où je suis allée toute petite. Ce qui m’a plu dans l’écriture de ce texte, indépendamment de mes motivations et de ce que j’avais à y dire, c’est de faire ce qu’on fait rarement, à savoir se plonger dans ce fameux magma noir. J’écris un journal, j’ai beaucoup de mal à laisser filer les choses, à les oublier, les laisser se disperser, et là, je replongeais dans ces 50 années avec grand plaisir, c’était un peu comme si j’allais chercher les fondations de ma propre vie. C’est rassurant d’avoir ces 50 années dans mes mains : elles sont là, elles ne sont pas parties en fumée, je les ai et je les mets sur le papier.”

“L’école accompagne toute la vie, même si on n’en a pas conscience. Pour moi, il n’y a pas d’un côté l’école, et de l’autre, la vie. Dans mon métier, j’étais très soucieuse que la vie traverse aussi l’école, car l’école n’est pas seulement un endroit dans lequel on acquiert des savoirs, c’est aussi un endroit d’émancipation, de socialisation extrêmement important, sensé formé de futurs citoyens. L’école est politique, dès lors qu’on s’astreint à faire en sorte, que tous les enfants de la classe puissent acquérir ce qu’on a envie de leur transmettre.”

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