LIBÉRATION, Claire Devarrieux, samedi 3-dimanche 4 octobre 2020


« En 1995, lorsqu’elle quitte l’Éducation nationale, Michèle Lesbre comprend que les grandes grèves d’alors sont “l’expression de l’inquiétude, qui aujourd’hui est devenue de la colère.
Elle estime que désormais, l’institution “ne respecte pas celles et ceux qui chaque jour sont devant les enfants”, et pour cette raison elle a entrepris ce récit, nostalgique mais vif, engagé, en hommage au métier d’enseignante tel qu’elle l’a pratiqué. Elle ne l’a pas choisi, dit-elle, mais elle l’a aimé.
Petite-fille d’institutrice, institutrice dans un village, puis à Clermont-Ferrand et enfin à Paris dans plusieurs quartiers plus ou moins défavorisés, directrice d’école maternelle, elle a vu la “lente et insidieuse dépréciation de l’école, à l’image de toutes les professions à majorité féminine”. Mais dans ces souvenirs, qui sont pour commencer ceux d’une élève en 1945, surgissent l’odeur de l’encrier et de la craie, la poussière du tampon de feutre, la magie des lieux, parfois. Passent sur la page l’ambiance de l’école, normale, quelques collègues, beaucoup de petits visages chagrinés ou joyeux, et des femmes “extraordinaires”, préposées au ménage, “qui n’ont jamais été des techniciennes de surface” ».