LE JOURNAL DU DIMANCHE, Laëtitia Favro, dimanche 3 janvier 2021


Mon voisin le tueur

STUPEUR
Tiffany Tavernier esquisse le portrait d’un homme ordinaire soudain frappé par un malheur qui l’oblige à se confronter à son passé.

«  Thierry est un homme sans histoire. Jusqu’au matin où, entre le café et les tartines, il découvre la maison de ses voisins Guy et Chantal encerclée par des hommes en gilets pare-balles toutes armes pointées.
Allongés au sol sous les ordres d’un officier, Thierry et son épouse Élisabeth déroulent le fil de ces dernières vingt-quatre heures. Qu’a-t-il bien pu arriver à leurs voisins, leurs amis, les seuls à des kilomètres à la ronde dans ce hameau isolé ? Guy n’a-t-il pas claqué la portière de sa fourgonnette tard dans la nuit, tirant Thierry d’un mauvais rêve ?
Le cauchemar ne fait hélas que commencer : au lendemain de l’intervention, ce ne sont plus les policiers qui encerclent leur maison mais des journalistes. Prostré devant le poste de télévision, le couple apprend que Guy est un tueur en série recherché pour le meurtre d’une dizaine de fillettes. Des victimes que les enquêteurs en combinaison blanche exhument des parterres de fleurs auxquels Chantal tenait tant. Partagé entre l’effroi et la colère, Thierry assiste au délitement d’une vie construite à la sueur de son front et qui semble désormais lui échapper. Que faire de cette maison rénovée avec amour, dans laquelle Élisabeth ne veut plus habiter ? Comment prendre cette mise au repos imposée par sa hiérarchie ? Et surtout, comment accepter de s’être fait berner par un voisin d’apparence si serviable et normale ?

Elle déjoue les attentes
Peu à peu, l’objectif se déporte de l’assassin vers sa victime collatérale, et l’intrigue à priori classique prend un virage à 180 degrés pour éclairer le passé de Thierry. Déjouant avec adresse les attentes de son lecteurs sans pour autant créer la moindre frustration, Tiffany Tavernier esquisse le portrait d’une homme sans histoire dont la trajectoire semblait pourtant le mener jusqu’à cette maison isolée et jusqu’à cet homme, Guy, lui aussi en apparence sans histoire.
Entre zones d’ombre et souvenirs lumineux, Thierry remonte le fil d’une enfance rurale, rude mais bercée par la bonté d’un grand-père parti trop tôt, et d’une adolescence empreinte de violence et d’humiliation. Aidé par la rencontre d’un mystérieux ermite et d’une prostituée sans âge, le lecteur recompose avec fébrilité le puzzle d’une vie ordinaire qui n’en demeure pas moins singulièrement troublante. »