LUI, mars 2014


« La porte rouge : La nuit scintillante et ses petits matins blêmes »

« La grande époque du Palace, les fêtes organisées par Fabrice Emaer, Saint Laurent, Grace Jones, Pascale Ogier et Jenny Bel’Air, la frénésie sexuelle d’avant le sida […]. Il y a tout cela dans Les Vrais Paradis, deuxième roman de François Jonquet. Eh oui, la nuit est sublime avec sa pellicule scintillante, et le style de Jonquet est comme elle. Il n’a pas 20 ans quand il plonge dans cette vie inventée comme dans la seule possible, revers de celle trop massive et prosaïque des études et de sa famille champenoise, qui par une belle ironie fabrique patiemment le jour le savant breuvage qu’il siffle d’une traite la nuit. Sa magie va vite et laisse des manques, elle a ses laideurs, ses solitudes, ses réveils pâles et ses amitiés en toc. Quand Fabrice Emaer meurt en 1983 du sida et qu’avec lui s’achève la parenthèse, Jonquet écrit : En sortant de Saint-Roch, son cercueil fut applaudi, a-t-on dit. Moi, je m’étais empressé de tirer le rideau sur celui à qui je n’aurais finalement jamais dit un mot. Ce qui est beau la nuit, c’est aussi qu’on n’a pas besoin de parler. C’est tout un art de rester très exactement à la surface des choses. »