PAGE DES BIBRAIRES, Géraldine Guiho, librairie La Buissonnière (Yvetot), août-septembre 2017


« Une jeune Française éprouve un choc psychologique devant une cité à Alger. Pour comprendre son émotion, elle entreprend une enquête intime qui permet à Marie Richeux de s’emparer de la question franco-algérienne avec pudeur et délicatesse.

Climats de France confirme les qualités littéraires que l’on avait décelées dans les deux premiers livres de l’auteure. On y retrouve la même puissance évocatrice, le même souffle poétique, son goût pour les formes courtes, son esthétique du tâtonnement jusqu’à l’exactitude, sa capacité à convoquer les mythes, sa propension à faire parler les absents et à densifier le silence. Mais, comme un animal ayant réalisé sa mue, Marie Richeux s’est débarrassée d’une forme de cérébralisme qui alourdissait parfois ses précédentes narrations. Elle a de surcroît trouvé l’antidote au caractère parcellaire que son écriture fragmentaire générait. Parvenant à donner de la tenue et de la cohérence à un récit pourtant polyphonique, elle a tissé un texte qui, formellement, a la beauté, la délicatesse et la solidité d’une toile d’araignée. Quatre trajectoires la dessinent. La première est celle des lieux : de Meudon-la-Forêt à Alger, elle dévoile de manière sensible les enjeux de l’urbanisme d’après-guerre et donne à voir à quel point s’entrechoquent fantasmes et réalités sociales. La deuxième est celle de l’Histoire : colonisation, guerre d’Algérie, indépendance, immigration sont évoquées à travers le prisme de l’intime et du vécu. La troisième est celle des individus : du projet migratoire subi de Malek (qui représente la “première génération”) au destin funeste de son fils Abdelkader, puis de Fernand Pouillon (le grand architecte) à Marie qui vit dans la “cité heureuse” qu’il a construite, des liens qui se nouent, inattendus et troublants. Enfin la quatrième, la moins évidente mais la plus touchante : celle de la parole, qui fait basculer les êtres du silence et de l’oubli à l’échange et à la révélation par le verbe. On connaissait la voix “physique” de Marie Richeux, on se délectera désormais de sa voix d’écrivain abouti. »

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