- Parution : Janvier 2027
- N° d’éditeur : 254
- Disponible en librairie au prix de 22 €. 230 p. Également disponible en PDF et EPUB.
- ISBN : 978-2-84805-650-0
- Revue de presse
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À vingt-six ans, Zed s’est mis en retrait du monde. Il vivote comme il peut, refuse tout, ne fait rien ; même s’avouer qu’il est désespéré est un effort trop grand. Face aux injonctions ambiantes de performance et d’adaptabilité, brossées ici avec un humour caustique, il se tient sur la réserve – une sorte de Bartleby qui serait filmé par Jim Jarmusch.
Mais c’est compter sans le besoin de sens, qui ne l’a jamais quitté. Car le voilà taraudé par une question en apparence saugrenue : De qui suis-je le testament ? La question va agir comme un révélateur : est-ce le regard décalé de ce doux rêveur, ou règne-t-il vraiment, dans cette capitale européenne, une pesante atmosphère de bascule illibérale ? Zed prend peut-être des risques en placardant partout dans l’espace public sa parole libre et inclassable, qui y dépose un contagieux ferment de contestation. L’espoir renaît de ceux qui, dans son sillage, refuseront d’être le testament d’un monde allant à sa perte.
Un « conte réaliste » qui dégage une grande force d’émotion par ses échos avec notre situation actuelle, et propose un roboratif manuel de résistance à l’esprit des temps.
Née à Bruxelles en 1970, Diane Meur, écrivaine et traductrice, vit à Paris. Depuis son premier roman, La Vie de Mardochée de Löwenfels, écrite par lui-même (2002), en passant par Les Vivants et les Ombres (2007), La Carte des Mendelssohn (2015) ou Sous le ciel des hommes (2020), elle construit une œuvre d’une joyeuse intelligence, où érudition, fantaisie et subversion mènent le bal.
EXTRAIT
De qui suis-je le testament ?
La question le frappe à l’instant où il s’engage sur le trottoir, elle le frappe par sa beauté et son absurdité. De qui suis-je le testament ? Ça, ça valait la peine qu’il se lève aujourd’hui, même à quinze heures quarante. Même par une journée de fin d’hiver qui ne tient pas ses promesses : le rayon de soleil sur la table de la cuisine était trompeur, il fait maussade, frisquet. Au coin de la rue, il se rend compte qu’il a faim et entre s’acheter un petit pain au hareng, le mange debout à l’une des tables hautes, sac de sport à ses pieds.
« Tu pars en voyage ? » lui demande la patronne. Il hausse les épaules, d’une façon qui pourrait vouloir dire aussi bien non que oui, mais un oui si atone qu’il décourage d’avance la question suivante : en voyage où ? Un entre-deux, qui le dispense d’inventer et de raconter des salades, tout en laissant ouverte la fenêtre des possibles. Voilà, au lieu d’aller faire sa lessive chez sa mère (pour s’économiser des frais de laverie), il serait sur le point de partir en voyage. En voyage vers nulle part en particulier ; en voyage absolu.
« Tu fais des mystères, hein. » La patronne est occupée à essuyer des verres, un œil posé sur lui. Zed se sent percé à jour, gentiment. Il l’aime bien, Nora, avec le peigne en fausse écaille qui retient ses cheveux et les collants couleur chair qui tirebouchonnent sur ses chevilles. D’ailleurs, à quoi bon lui servir une histoire de vacances ou de visite à des parents éloignés alors qu’elle le verra repasser en sens inverse, tout à l’heure ou demain ? C’est là l’inconvénient de vivre dans une impasse.
