• Parution : Avril 2021
  • Roman traduit de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Dominique Goy-Blanquet
  • Titre original : This Mortal Boy
  • N° d’éditeur : 193
  • Disponible en librairie à partir du 1er avril 2021 au prix de 23 €, 354 pages ; à paraître en format epub et pdf au prix de 15,99 €
  • ISBN : 978-2-84805-363-9

  • Extrait
  • Revue de presse

Albert Black

Fiona KIDMAN


Le nouveau roman de Fiona Kidman s’ouvre en octobre 1955, le premier jour du procès d’Albert Black à la Cour suprême d’Auckland : arrivé en Nouvelle-Zélande deux ans auparavant, ce jeune Irlandais du Nord, âgé de vingt ans à peine, est accusé du meurtre d’un garçon également immigré de fraîche date, à l’occasion d’une rixe dans un bar. Moins de cinq mois plus tard, il sera pendu, devenant ainsi l’avant-dernier condamné à mort du pays.

S’inspirant de ce fait divers tragique, qui bouleversa le pays, Fiona Kidman s’interroge sur ce qui s’est réellement passé : remontant le fil des événements, elle enquête sur les circonstances du drame – crime passionnel ? légitime défense ? – mais aussi sur la personnalité d’Albert « Paddy » Black, gentil gamin jouant aux billes sur Sandy Row et dont la mère n’a que des souvenirs heureux, mais que les circonstances économiques ont chassé de Belfast dans l’espoir d’une vie meilleure.

Avec son copain Peter, rencontré sur le bateau, il posait des câbles pour le ministère des Postes et Télégraphes dans la vallée de la Hutt. Fatigués de vivre dans des cabanes rudimentaires, tous deux convainquent Rose, une jeune veuve vivant seule avec ses enfants, de les prendre en pension. Paddy trouve là un deuxième foyer, mais parce qu’il aime s’amuser, aller au bal et séduire les filles, il finit par tenter sa chance à Auckland, où les chantiers embauchent.

Fiona Kidman met en lumière avec beaucoup de finesse le contexte de l’époque : la peine de mort venait d’être rétablie, et le Premier ministre de publier un rapport sur les mœurs adolescentes dans le pays. Or la vallée de la Hutt passait pour l’endroit où le vice avait pris naissance… notamment à cause de l’arrivée de nombreux étrangers. C’est peu dire que la généreuse Rose fut l’objet de commérages pour avoir accueilli chez elle deux d’entre eux.

Le roman, qui conjugue retours vers le passé, scènes du procès et évocations du quotidien de Paddy dans sa cellule, donne le sentiment poignant, et cela dès les premiers chapitres, que le sort de l’accusé est déjà scellé : le procureur général, comme la plupart des jurés, semble l’avoir condamné avant même que tombe le verdict, rendant impossible toute velléité de lui offrir les moyens de se défendre. Sa propre mère, qui avait pourtant désespérément entrepris de réunir l’argent du voyage, s’était vu fermement signifier que ce serait en vain.

Même si le directeur de la prison lui montre un peu de compassion, Paddy comprend au fil des jours l’étendue de sa solitude dans ce pays où il s’était rêvé un avenir. Ce sont pourtant sa bonté, son calme et son humour qui irradient les pages que lui consacre Fiona Kidman. Ses dernières paroles – « Je vous souhaite un joyeux Noël, messieurs, et une Nouvelle Année prospère » – en sont la trace douce-amère.

Ce livre saisissant résonne de manière particulièrement contemporaine : il met en effet en cause, à travers un fait survenu dans les années cinquante, les mécanismes, devenus hélas si familiers, à l’œuvre dans le rejet de l’autre.

DU MÊME AUTEUR

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