Dehors, c’est le printemps de Ásta Sigurdardóttir, Jean-Bernard Vuillème, Le Temps, 28 février 2026
« Le texte exprime l’horreur de la violence et de l’indifférence, avant de basculer dans une sorte de rédemption et d’émerveillement jusqu’à « rire de joie et de bien-être ».
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Lire Asta Sigurðardóttir tient parfois de l’épreuve tant ses constats sont noirs et désolés. Sa voix s’élève du fond de la misère. Elle parle d’un monde, l’Islande du milieu du XXe siècle, aux relations sociales âpres et aux mœurs souvent cruelles derrière le voile des convenances. On y bat les enfants. On y bat les femmes. On y bat les chiens. La violence fait figure de norme sociale transcendant les genres, car des femmes sanctionnent aussi les moindres écarts et les moindres désobéissances à coups de fouet.
Du fond de sa marginalité, elle décrit subtilement les gens de Reykjavik, riches ou pauvres. Elle évoque aussi l’Islande rurale dont elle est issue, sa nature «sauvage et indomptée», et toute une faune, des oiseaux surtout (huîtrier pie, pluvier, chevalier gambette, grand gravelot, noroît, etc.), des mollusques, des phoques et des chevaux qu’elle nomme et observe d’une manière très fine.
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Malgré sa force d’évocation d’un environnement cruel, la prose d’Asta Sigurðardóttir parvient à saisir la beauté du monde. Comme s’il fallait croupir dans la rigole pour se glisser jusqu’au ciel, épouser la souillure des bas-fonds pour accéder à la beauté. La concision et la précision de sa langue (très bien rendue dans la traduction d’Olöf Pétursdóttir) ouvrent une profondeur métaphorique. La capacité d’émerveillement d’Asta Sigurðardóttir évoque quelque cousinage avec un Robert Walser, sa plume trempée dans l’alcool et les larmes avec un Charles Bukowski. […] »